2. PUBLICATION texte critique de Mika Bierman "La Tangente" MARSEILLE

Je recherche le meilleur caillou, celui qui à coup sûr ricochera...

                                                                                              Catherine Hachon

                                                                      

Drôle d’occupation que de faire ricocher un caillou ! On cherche longtemps, choisit avec soin un qui a la forme adéquate, seulement pour le jeter ensuite. Plus il est parfait, plus vite on s’en débarrasse. En le jetant, on sait qu’on ne va pas le récupérer. Un caillou ne vole pas, ne flotte pas.  Si on l’a bien envoyé, s’il ne capote pas dans une vague, il ricoche plusieurs fois de suite avant de sombrer. C’est un miracle-maison, un prodige fait main, un jeu gratuit qui laisse une trace scintillante dans notre esprit, une signature énergétique éphémère, un souvenir de plaisir solitaire. La peinture abstraite tourne autour de ce miracle. Ceux qui n’y croient pas n’ont qu’à essayer d’en faire. Ils verront que ce n’est pas si simple de faire marcher une pierre sur l’eau. Sinon, on peut venir voir à La Tangente, où Catherine Hachon l’a réussi. Dans ses peintures et aquarelles, elle laisse la représentation du réel aux autres, à ceux qui gardent le caillou à la main, qui le mettent dans leur poche. En refusant l’autre jeu, celui de la reconnaissance de l’objet, de la ressemblance de la trace sur la toile avec un cheval, un arbre ou un dieu (un miracle bien différent), elle dépouille sa peinture de certains bavardages, la prive d’explications laborieuses et ne présente pas d’excuses molles. « Je commence toujours par tourner autour de la toile posée au sol, irritée par tous les possibles. » Ce n’est pas pour tourner autour du pot aux roses, au contraire. C’est pour mieux atteindre l’oeil de la cible.  Il y a un grand risque à lancer sa pierre si loin. De baisser sa garde. D’accélérer dans un virage. Catherine Hachon ne manque pas de courage. Elle n’a pas d’idées préconçues. Elle jette tout en l’air, ses pinceaux, la toile, les couleurs, son quotidien, son savoir-faire, l’histoire de l’art, et rattrape une peinture. C’est un jeu d’équilibre. Comme le bilboquet, sauf que le bilboquet n’est pas un jeu d’équilibre, mais un jeu d’adresse. Imaginons donc plutôt un bilboquet où la boule n’a pas de trou. C’est insensé ? Catherine Hachon y joue, balançant entre gras et maigre, fond et forme, plein et vide, dessin et couleur, trop faire et rien faire, bon sens et mauvaise direction, importance et vanité, possible et  impossible. Ses tableaux sont des instantanés d’un équilibre jamais assuré. Ils ne sont jamais achevés, et d’ailleurs ils se dégroupent et regroupent sans cesse. Il n’y a rien de mécanique dans son travail. Elle a crevé la roue de secours depuis longtemps. Quand ça retombe, quand ça dérape, quand ça vieillit, elle recommence. Elle sait que l’équilibre n’est qu’une question d’échelle. Que chaque nouveau tableau rajoute à la construction fragile de l’ensemble du monde. Catherine Hachon a pris ses responsabilités. Elle ne pourra jamais s’arrêter de peindre, car tout s’écroulera autour de nous.

                                                                                                                                           

   Mika Biermann

 

Catherine Hachon est née en 1965 à Paris et vit aujourd’hui à Nîmes. Diplômée des Beaux Arts, elle est professeur de dessin et d’art plastique, et guide conférencière pour des expositions d’art contemporain. Depuis sa résidence « Triangle » à New York en 1997, elle a exposé à New York, Marseille, Nîmes, Salon de Provence...