1. TEXTE de STEPHANE BORDARIER (paru dans le regardeur N°5 -AAMAC Carré d'Art NIMES-)

Lorsque Catherine Hachon énonce ses raisons de faire de la peinture,

elle dit que c’est un langage libre auquel participent le corps tout entier,

la respiration, le désir ; elle ajoute que ce langage n’est pas forcément d’actualité et elle compare sa réception à celle du « poil » dans notre époque.

Comparaison inusitée mais combien pertinente: quelque chose qui démange, n’est pas seyant, mais érotise… La peinture énonce souvent ce que les mots n’osent ou ne peuvent dire. Elle est, dans son mouvement de remise en cause permanente de ce qu’elle a précédemment accompli, un travail contre                                  Catherine Hachon dit aussi qu’elle sait que « tout a été fait » : je n’en suis pas aussi sûr qu’elle, ni de la sempiternelle mort de la peinture, ressassée depuis des lustres et toujours remise à demain pour cause d’imprévu déboulant sur la scène.

Des blagues ! Mais peindre, comme elle le fait, sans rien attendre de l’Histoire

(de l' art), et en y investissant sa vie est un drôle de pari. Il fallait que la richesse de ce pari soit soulignée, avant de dire que la peinture de Catherine Hachon n’est pas agréable. Comme, et parfois plus encore que les peintures à l’huile qui les précèdent, les grandes aquarelles montées sur châssis qu’elle vient de réaliser sont un magma de formes informes qui virent sans cesse, du composé au déconstruit, du peint avec maestria au disgracieux.  Sur l’une d’elles, les grandes taches bleues ont coulé - littéralité du médium : l’aquarelle, c’est de l’eau avec un peu de couleur, on pourrait être en pleine illustration du modernisme Greenbergien- mais quelque chose d’énorme surgit là en bas, inconvenant, maladroit, lourd. Dans cette peinture qui pourrait être aussi la démonstration d’un vif talent d’aquarelliste, apparaît un élément discourtois, malvenu, un bloc, une figure. Peinture abstraite? Non, et pas figurative non plus, mais traversée par de l’incongru, de l’inattendu. C.Hachon dit son  besoin que le tableau semble traversé. Il l’est, Qu’il soit comme une scène ,sur laquelle se précipitent des objets picturaux.

C 100X90 Aquarelle sur Papier 122009 Catherine Hachon

 

Il y a dans ce travail de l’inconvenance, des éléments non assortis : j’ai pensé, devant une petite peinture verticale, bipartie et tachée maculée gesticulée de bleus sombres noués ensemble à un portrait de Berthe Morisot par Manet.

N3 50x30 huile sur toile 102009 Catherine Hachon

 

 

Un tableau vertical, coupé en deux par l’ombre sur le visage, et troué d’un noir profond comme il les sait. Paul Valéry disait ne rien mettre au dessus de ce tableau là. Le noir y est gravement indigeste. Percevoir un caractère similaire dans les peintures et les aquarelles de C.Hachon m’incite à penser qu’elle est peintre.

Dans une Huile sur toile, d’un format vertical assez allongé, datant de 2009, C.Hachon a travaillé sur le fond écru de la toile, préparé à la colle. Un grand nuage vertical dans le bleu duquel la brosse a tourbillonné rappelle le Polke « outremer » que l’on voit dans la collection du musée Nîmois. Mais une ligne droite bleu outremer foncé, large et énergique- un geste virulent- s’y superpose, qui pourrait citer Kimber Smith. Ailleurs, trois formes en aplat, découpées comme aux ciseaux-et l’on devine à qui je pense- mais remplies d’une peinture pleine de matière et de mouvement : les contraires se mêlent. Le bas de la toile est éclaboussé du même bleu que plus haut, mais aquarellé, liquide, incontrôlé, sans travail apparent. Les « mais » sont importants : ils énoncent un caractère récurrent du travail de Hachon. Les références nomment une culture picturale, un savoir-vu, une histoire dans laquelle elle s’inscrit et qu’elle assume ; les « mais »sont sa part de vérité, ce qui nous permet de voir que son travail et son désir se mêlent sur le support de son choix à une aventure connue, partagée, millénaire, et que ce mélange n’est pas univoque, qu’il admire sans adhérer, et grince.                                                                                         Ce grincement, qui pourrait devenir un vacarme assourdissant, est à la source de l’art de Catherine Hachon.

 

                                   Stéphane Bordarier